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Projets
Le développement durable au Laos : le modèle de la rizipisciculture, un moteur de transformation pour les communautés rurales
27 avr. 2026
La rizipisciculture est au coeur du projet de l'association Mékong
Et si les rizières devenaient aussi des bassins d’élevage ? Au Laos, l’association Mékong, enfants des rizières développe une approche innovante combinant rizipisciculture, formation et électrification avec l’aide de la Fondation. Un modèle durable qui pourrait bien inspirer au-delà des frontières. Rencontre avec son fondateur Franck Secchiaroli.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Franck Secchiaroli, je suis le président fondateur de l’association Mékong, enfants des rizières, créée en 2014. L’association compte aujourd’hui une vingtaine de bénévoles en France et une dizaine de personnes au Laos. Nous sommes tous bénévoles, sans salarié, mais avec une forte implication, notamment sur les aspects administratifs, les relations avec les partenaires et le suivi des projets.
Un lien fort avec le Laos et la population locale
D’où vient votre engagement ?
Mon engagement est né d’une expérience personnelle. En 2008, dans le cadre d’une licence en aquaculture, j’ai effectué un stage au Laos avec le CIRAD. Je devais y rester six mois… finalement j’y suis resté trois ans. J’y ai travaillé sur les techniques de pêche et la reproduction des poissons du fleuve Mékong, en lien direct avec les communautés villageoises.
Ce contact avec les populations a été déterminant. À mon retour en France, j’ai poursuivi dans la logistique, tout en me rapprochant du secteur humanitaire, notamment via des formations avec Médecins Sans Frontières. Mais je gardais ce lien très fort avec le Laos. J’y retournais régulièrement, deux fois par an, pour suivre des projets.
À un moment, j’ai décidé de m’y consacrer pleinement. J’ai quitté mon emploi pour me consacrer à 100 % à l’humanitaire et j’ai structuré l’association. Aujourd’hui, je poursuis également un master en management de programmes internationaux humanitaires et développement pour renforcer cette expérience de terrain par une reconnaissance académique.
Comment est née l’association Mékong, enfants des rizières ?
L’association est née d’une question très simple posée par les villageois : « Qu’est-ce que tu peux nous apporter pour nous aider à gagner de l’argent ? »
À partir de là, j’ai réfléchi avec mes compétences en aquaculture et en logistique. L’idée était d’apporter une solution simple, accessible, reproductible et peu coûteuse. C’est ainsi qu’est née la rizipisciculture : élever des poissons directement dans les rizières.
Nous avons ensuite structuré un projet plus large : un centre agroécologique au cœur des rizières, où les populations peuvent être formées, hébergées et accompagnées. Elles repartent ensuite chez elles avec les connaissances – et les alevins – pour reproduire le modèle.
“ L’idée était d’apporter une solution simple, accessible, reproductible et peu coûteuse. C’est ainsi qu’est née la rizipisciculture : élever des poissons directement dans les rizières. ”
Franck Secchiaroli
Fondateur de l'association Mékong, enfants des rizièresCréer les conditions d'un développement économique et humain
Concrètement, qu’est-ce que Mékong, enfants des rizières ?
C’est à la fois un projet de développement local et un centre de formation. Nous travaillons sur plusieurs axes :
- La rizipisciculture, pour produire du poisson dans les rizières
- La reproduction d’alevins, pour créer une filière locale
- L’aquaponie et le maraîchage
- La production d’aliments (larves de mouches, grillons)
- L’accès à l’eau potable et à l’assainissement
- L’inclusion, notamment avec des femmes en situation de handicap
Le centre est pensé comme un écosystème complet, où tout est interconnecté. Par exemple, les déchets alimentaires servent à produire des larves, qui nourrissent les poissons ou les volailles. C’est un modèle circulaire.
Pourquoi avoir choisi cette région du Laos ?
Le site est situé près de Vientiane, dans la plaine, à environ 35 kilomètres de la capitale. C’est un emplacement stratégique :
- Proximité du Mékong (à 20 minutes), pour la collecte de poissons
- Accès aux marchés, pour vendre la production
- Facilité logistique (routes, transports)
- Proximité d’autres structures partenaires
C’est aussi un lieu où il était possible de créer un projet à partir de rien. À l’origine, il n’y avait ni eau, ni électricité, juste des rizières et une piste en terre.
Quels sont les principaux enjeux pour les populations locales ?
Le besoin principal est très clair : générer des revenus. Depuis le COVID, l’inflation a fortement augmenté. Le coût de la vie a doublé. Les populations vivent souvent au jour le jour, avec des ressources très limitées. Les infrastructures sont faibles, les routes difficiles, et les opportunités d’emploi rares, notamment pour les personnes âgées.
Il y a aussi un enjeu d’éducation : beaucoup de personnes n’ont pas été scolarisées ou ont quitté l’école très tôt. Cela rend l’accès à certaines formations plus difficile. Enfin, il existe des problématiques d’accès à l’eau, à l’électricité et à des techniques agricoles durables.
Pour autant, le pays dispose de nombreux atouts : des ressources naturelles importantes, notamment grâce au Mékong. La proximité du fleuve est un atout majeur pour la pêche et la biodiversité.
Il y a aussi une forte culture agricole, notamment autour du riz. Cela facilite l’introduction de techniques comme la rizipisciculture.
Enfin, il existe une dynamique de coopération, avec des partenaires locaux, des institutions et des associations qui permettent de développer et de dupliquer les projets.
Transformer un projet en réussite
En quoi consiste le projet soutenu par la Fondation Nexans ?
Le projet consiste à créer un centre agroécologique autonome au cœur des rizières, capable de fonctionner durablement et de former les populations locales.
C’est un projet ambitieux, car il a fallu tout construire : accès à l’eau, infrastructures, production, formation… et surtout l’électricité.
Pourquoi ? Il n’y a pas d’électricité au Laos ?
Officiellement, 100% du pays bénéficie d’un accès à l’électricité. Mais sur le terrain, la réalité est différente. Dans les zones rurales, de nombreux villages en sont privées. Et même lorsqu’elle est disponible, les coupures sont fréquentes, parfois plusieurs heures par jour. C’est pourquoi le recours aux énergies renouvelables est essentiel, notamment pour garantir l’autonomie du site.
Sans électricité, le projet ne peut tout simplement pas fonctionner.
Elle est indispensable pour :
- Faire fonctionner les pompes
- Alimenter les systèmes d’écloserie
- Assurer l’oxygénation des bassins
- Éclairer le centre
- Produire et conserver les ressources
Mais au-delà de l’électricité en elle-même, l’enjeu est de permettre aux bénéficiaires, aux des activités génératrices de revenus. L’électricité devient un levier de développement.
Quels sont les indicateurs de réussite du projet ?
Pour moi, le projet est déjà une réussite à plusieurs niveaux :
- La chaîne logistique (achat, transport, installation) a fonctionné
- Les infrastructures sont en place
- Les partenariats se développent
Mais la réussite finale sera atteinte lorsque :
- Le centre fonctionnera pleinement (objectif : 90 % d’ici fin d’année)
- Les bénéficiaires seront de plus en plus nombreux
- Les formations seront autonomes et reproductibles
- Le modèle pourra être dupliqué ailleurs
La rizipisciculture est au cœur du projet. Pouvez-vous expliquer ce que c’est ?
La rizipisciculture consiste à élever des poissons directement dans les rizières.
Concrètement, il suffit de creuser un canal refuge dans la rizière, d’y introduire des poissons adaptés (comme le tilapia ou le poisson-chat). Les poissons grandissent dans l’eau des rizières et cohabitent avec le riz jusqu’à la récolte.
C’est une technique simple, peu coûteuse et très efficace :
- Elle apporte des protéines aux familles
- Elle permet de générer des revenus
- Elle s’intègre parfaitement dans les pratiques locales
Le principal défi était l’accès aux alevins, souvent importés. C’est pourquoi nous avons créé une filière locale de reproduction.
“ L’objectif n’est pas seulement d’apporter de l’électricité ou des infrastructures, mais de permettre aux populations de devenir autonomes, de générer des revenus, et d’améliorer durablement leurs conditions de vie. ”
Franck Secchiaroli
Fondateur de l'association Mékong, enfants des rizières
Un medium original pour une communication pas comme les autres
Pourquoi avoir choisi la bande dessinée pour raconter ce projet ?
L’image est un vecteur universel. Au Laos, tout le monde ne sait pas lire.
Nous avons rencontré des personnes, y compris des proches de nos équipes, qui ne maîtrisent ni la lecture ni l’écriture. Il fallait donc un outil accessible, visuel, compréhensible par tous.
La bande dessinée permet de transmettre des messages de manière simple. Mais ce projet d’envergure est aussi entièrement bénévole.
Nous avons constitué une équipe :
- Une personne pour les dessins
- Une autre pour la mise en couleur
- Une pour le graphisme
Le travail s’est fait sur plusieurs années, sur le temps libre de chacun et chacune.
Ensuite, nous avons travaillé avec des étudiants laotiens pour traduire la BD en langue locale. Cela a été valorisant pour eux et essentiel pour la diffusion du projet sur place.
Quelles sont les réactions à ce format ?
Elles sont très positives.
La BD est facilement compréhensible, même pour des publics non experts. Elle a été diffusée en France et a reçu un excellent accueil. Elle sera prochainement diffusée au Laos, ce qui devrait amplifier son impact.
Elle ouvre aussi des portes : auprès des institutions, des partenaires, et même dans des événements culturels.
Quel bilan à date pour ce projet ?
C’est une aventure humaine. L’objectif n’est pas seulement d’apporter de l’électricité ou des infrastructures, mais de permettre aux populations de devenir autonomes, de générer des revenus, et d’améliorer durablement leurs conditions de vie.
C’est ça, finalement, le cœur de l’engagement